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Mardi 4 juin 2013 2 04 /06 /Juin /2013 13:27

Le chômage est la cause originelle de tous les autres fléaux – mal-être, pauvreté, salaires tirés vers le bas, augmentation des dépenses sociales, aggravation de la dette publique, récession, montée des extrêmes… Mais le chômage est-il une fatalité ?

À Vitré (35), par-delà les périodes de croissance ou de récession, le taux de chômage est inférieur de deux fois à celui de la France. Quelles sont les raisons de ce petit miracle ? Les élus politiques en place se battent corps et âme pour le développement de l’emploi. De quelle façon ? Par un faisceau coordonné d’actions :

- Vitré propose aux entreprises qui viennent s’installer des locaux professionnels à prix imbattables, allant même parfois jusqu’à financer ces locaux ;

- Tous les acteurs du monde du travail – Pôle Emploi, CIO, CCI, Chambre d’Agriculture, Chambre de Métiers et de l’Artisanat, Service Insertion, etc… – sont rassemblés en un seul lieu – la « Maison de l’Emploi, de l’Entreprise et de la Formation » – et travaillent en synergie pour que tout chômeur le reste le moins longtemps possible ;

- Les formations professionnelles mises en place sont adaptées aux besoins exprimés par les entreprises ;

- Les élus se déplacent ici et là en France pour aller solliciter les entrepreneurs en quête d’implantation ;

- Les agents de Pôle Emploi démarchent les entreprises et les chômeurs de façon active ;

- Pour financer ces programmes d’incitation à l’implantation, les dépenses publiques sont réduites au minimum. Les élus n’ont par exemple pas de voiture de fonction, et les indemnités de vice-présidents de communauté d’agglomération sont plafonnées à 660 € mensuels.

Ces actions coordonnées font qu’un chômeur n’attend jamais plus de dix minutes à l’accueil de Pôle Emploi, qu’il retrouve rapidement un poste correspondant à ses compétences et que le taux de chômage de Vitré est de moitié celui du national.

Le chômage n’est donc pas une fatalité. Il ne l’est que pour ceux qui le considèrent comme tel. Partout en France, les élus peuvent se battre pour décloisonner et coordonner les institutions du travail, adapter les formations aux besoins des entreprises, gérer les dépenses publiques pour favoriser les implantations et aller chercher les entreprises par la main. Il ne suffit que de volonté. C’est ce qu’on appelle d'ailleurs la « politique ».

Chr. Chomant, le 04-06-2013

Par Christophe Chomant - Social-Démocratie - Publié dans : Emploi
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Lundi 29 avril 2013 1 29 /04 /Avr /2013 12:45

Le chômage en France bat le nouveau record de 3.224.000 demandeurs d’emploi ce mois d’avril 2013. La cote de confiance d'un Président de la République n’a jamais été aussi basse : 25 %. L’extrême droite, à l’inverse, caracole dans les sondages.

Pourquoi le chômage explose-t-il ? Pourquoi la cote de François Hollande est-elle aussi basse ? Pourquoi le FN a-t-il malheureusement le vent en poupe ?

Il faut commencer par comprendre que ce ne sont ni l’État ni les collectivités territoriales qui créent les vrais emplois productifs et durables. Pourquoi ? Parce que l’argent public provient des entreprises, via les taxes directes, les salaires et la TVA. Sans entreprise et sans emploi privé, il n’existe pas d’argent public, donc pas de fonctionnaire. La collectivité utilise et dépense les richesses sans les créer.

Qui crée les vrais emplois productif et durables ? Les entreprises privées, et notamment les plus petites car elles sont de loin les plus nombreuses.

Si on veut créer de l’emploi en France, il faut donc rompre avec le dogme communiste « anti-patron » (autrement dit anti-employeur), cesser de considérer les entreprises comme les vaches à lait du train de vie français et inciter les chefs d’entreprise à embaucher. Comment ? En allégeant les charges sociales (ce qui implique de maîtriser les dépenses publiques) et en dé-rigidifiant le Code du travail (essentiellement par une dédramatisation et une généralisation de la rupture conventionnelle de CDI). L’arme contre le chômage, c’est l’entreprise.

En conséquence, il va de soi que le fait de flirter avec un discours anti-patron pendant la campagne électorale ne peut déboucher aujourd’hui que sur une aigreur et une incompréhension de la part des électeurs de gauche. Ce hiatus entre un discours électoral anti-patron et la réalité économique explique à la fois l’aggravation du chômage, la chute de cote de F. Hollande et le succès du FN, récupérateur de mécontents.

Aujourd’hui plus que jamais en cette période de crise, il importe de tenir le langage de la vérité en matière d’économie, d’entreprise et d’emploi. Ce n’est pas l’option la plus facile, certes, mais c’est certainement la plus courageuse et la moins nocive à long terme. Car le jour où les électeurs n’auront plus le choix qu’entre Mélanchon et Le Pen au deuxième tour sera un jour funeste pour notre pays.

Ce discours de vérité impose au PS de s’affranchir clairement du dogme communiste du « méchant-patron » : non, le « patron » – c’est-à-dire le chef d’entreprise ou l’employeur privé – n’est pas un méchant millionnaire égoïste et profiteur qui spécule dans la finance ; c’est un homme ou une femme qui travaille quatre-vingts heures par semaine pour créer des produits, des richesses et de l’emploi au bénéfice de tous.

Il est grand temps, à gauche, de respecter et valoriser le créateur et directeur d’entreprise, qui détient la clef de l’emploi et de la croissance, en faisant le distingo entre le bon grain de l’entrepreneur et l’ivraie du rentier spéculateur – ce qui, malgré certaines images d’Épinal ayant la vie dure, n’a strictement rien à voir et ne concerne pas les mêmes personnes.

Cette avancée idéologique nécessaire du PS est un point central de son aggiornamento social-démocrate à venir.

 

Chr. Chomant, 29-04-2013

Par Christophe Chomant - Social-Démocratie - Publié dans : Economie
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Samedi 27 avril 2013 6 27 /04 /Avr /2013 21:12

L’un de mes amis communistes m’explique que le communisme sous Staline était perverti, mais que le « vrai » communisme, lui, est bon, et que, s’il avait été réellement appliqué, il aurait accouché d’une société meilleure. Pour ce qui me concerne, j’estime au contraire que la nocivité stalinienne était déjà inscrite entre les lignes du Manifeste, et que les supposés « effets pervers » du stalinisme sont inhérents et intrinsèques à sa pensée : Staline n’a fait ni plus ni moins qu’appliquer le vrai communisme.
Qu’est-ce que le communisme, au fait ?
C’est d’abord supprimer l’économie de marché et faire planifier l’économie par l’État. C’est vouloir égaliser les revenus et les conditions de vie en confisquant la plus-value de l’activité depuis les mains privées pour la faire gérer par les fonctionnaires de l’État. C’est en réalité détourner la plus-value produite par l’économie en direction de personnes qui jouissent de privilèges, à commencer par un niveau de vie très largement supérieur à celui du peuple. C’est là où le bat blesse une première fois : le communisme n’est pas plus égalitaire que l’économie de marché. Pire : les inégalités y sont rigidifiées sous forme de castes, comme sous l’Ancien Régime, et non pas de façon méritocratique et mobile comme en démocratie libérale.
Le second problème est que la suppression de l’économie de marché conduit à une pénurie des produits dans les magasins, parce qu’il n’y a plus ni de création d’entreprise, ni d’innovation technologique, ni de concurrence, ni d’optimisation de la productivité. Dans un pays « capitaliste », où une saine concurrence règne entre les entreprises, la diversité et la qualité des produits augmentent sans cesse cependant que leur coût pour le consommateur baisse ; dans une économie dirigée, au contraire, la diversité et la qualité des produits baissent sans cesse cependant que leur coût augmente. C’est ce qui s’est passé dans les ex-pays socialistes (pour qui est allé y voyager hors des sentiers balisés)
Troisième souci : imposer le système communiste à l’ensemble des citoyens génère des mécontents. Toujours dans « l’intérêt du prolétariat », le régime est donc conduit, doucement mais inéluctablement, à minimiser la liberté d’expression, à museler la presse et à créer un service policier chargé de surveiller tout citoyen, de façon à ce qu’il ne se transforme pas en « suppôt du capitalisme international » ou autre « traître à la patrie du prolétariat ». Garantir la stabilité d’une économie communiste oblige à créer des NKVD, KGB, Stasi et autres polices d’État de sinistre mémoire. Que fait-on ensuite des rebelles ? À défaut de les exterminer comme au Cambodge, on les enferme dans des « camps de travail et de rééducation », autrement dits « goulags » ; on ne peut pas faire autrement.
Ces différents travers – castes inégalitaires, pénurie, famines, retard technologique, surveillance de la pensée, incarcération politique, exterminations –, déjà présents sous le stalinisme, encore présents aujourd’hui à Cuba, au Vietnam ou en Corée du Nord, sont inévitables sous un régime communiste. Ou bien alors c’est qu’il ne s’agit pas vraiment d’un régime communiste, mais d’une démocratie libérale.
80 millions de personnes ont été exterminées au 20ème siècle par des régimes communistes.
On peut se demander pourquoi le communisme, malgré ses dangers potentiels, jouit encore d’une si grande respectabilité dans la société française (cependant que l’extrême droite y est conspuée). Essentiellement parce que cette idéologie, avant d’être mise en application, est bien intentionnée. Elle veut (et croit) faire le bien des hommes : fraternité, égalité, partage, bonté, altruisme… Elle est sourire et bonté. Ce n’est que lorsqu’il est appliqué que, malgré lui, le communisme révèle et déploie ses travers intrinsèques, par le biais de la nature humaine (soif de pouvoir, manipulation, délation, égoïsme, cupidité, aveuglement, ignorance, haine…).
En face, le fascisme est d’emblée inquiétant, ouvertement nationaliste, raciste et guerrier. Il promet ostracisme, ségrégations, conflits… et tient ses promesses. On sait à quoi s’en tenir. Ce pourquoi l’opinion publique demeure – à juste titre – aussi défiante à l’égard de l’extrême droite.
Ce n’est pas le cas avec le communisme, qui montre un visage bien intentionné, apparaît comme beau et bon, séduisant, promet l’horizon radieux, les lendemains qui chantent et les hommes qui se donnent la main. Il accède au pouvoir par l’idéalisme, l’ignorance et la naïveté. Voire la démagogie, comme certains leaders savent si bien s’y employer… L’enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on...
Non, le stalinisme n’est pas une « erreur de parcours » : il est – malheureusement – l’accomplissement logique de la belle et généreuse pensée du Manifeste.

Chr. Chomant, le 27-04-2013

Par Christophe Chomant - Social-Démocratie - Publié dans : Idéologie
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Samedi 27 avril 2013 6 27 /04 /Avr /2013 21:04

La paix en Israël-Palestine ne pourra pas venir de l’intérieur : les Juifs sont trop arc-boutés sur leur sentiment de communauté fermée et d’élection divine ; les Palestiniens, trop arc-boutés sur leur ressentiment de la Naqba. Seul un élément extérieur sera en mesure de débloquer la situation.
Aux Juifs, il nous faut dire : non, vous n’êtes pas abonnés à la Shoah et à la malédiction ! Sortez de votre statut de victime ! Vous avez droit à la paix, à la dignité et à la sécurité pour l’éternité.
Pour cela, il vous faudra certes payer un prix : cohabiter sur le même sol avec vos frères arabes.
Le monde peut vous venir en aide : en collectant un fonds mondial auprès des pays d’Alyah pour indemniser de la Naqba les Palestiniens.
Il ne vous restera plus alors qu’à accomplir un dernier effort : considérer que les Arabes sont vos frères, membres tout comme vous de l’espèce homo sapiens sapiens, et avec lesquels vous partagerez le grand pays d’Israël-Palestine, État d’égalité de droit, laïque, multiconfessionnel et pluriethnique.
Il n’y a pas de fatalité ; il y a une voie.
Le monde vous aidera ; vous vous aiderez vous-mêmes...
Dieu vous regardera.

Chr. Chomant, 27-04-2013

Par Christophe Chomant - Social-Démocratie - Publié dans : Israël-Palestine
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Lundi 15 avril 2013 1 15 /04 /Avr /2013 17:26

Portrait vu d'Ukraine, Interview par Ivan Riabtchiï, pour les revues littéraires ukrainiennes Mova ta istoriya et litakcent.com.

 

Ivan Riabtchiï – Votre maison d’édition diffère des autres pour la raison suivante : vous imprimez et façonnez les livres vous-même, de vos propres mains ; c’est artisanal. Ce que vous faites, le considérez-vous comme un art ou un métier ? Est-ce par plaisir ou pour gagner de l’argent ?

Christophe Chomant – Je crois que c’est à la fois un « art » et un « métier ». Un « art », parce qu’il s’agit de création, avec un souci esthétique. Un ouvrage imprimé sur du beau papier ou du papier artisanal puisé à la cuve, est comme un « écrin » pour accueillir un contenu de qualité : un beau texte sur du beau papier. Donc oui, le livre peut, d’une certaine façon, être un « objet d’art ». Mais c’est aussi un « métier » à part entière, parce que l’activité d’édition recouvre un grand nombre de tâches, très diversifiées : lecture critique, communication, correction orthographique, mise en page, aspect esthétique, impression, façonnage, vente, promotion, comptabilité, etc…
J’ai commencé cette activité il y a quinze ans par pur plaisir et l’ai exercé longtemps de façon bénévole, sans en toucher de revenu. Puis, la défection d’une assistante fin 2011 a fait redoubler ma charge de travail et m’a finalement conduit à me rémunérer. Compte tenu des dizaines d’heures que j’y consacre chaque semaine, cette rémunération me semble aujourd’hui légitime.

IR – Quelle est l’histoire de votre maison d’édition ? Quelle fut la première impulsion ? Quand vous êtes-vous dit : « Tiens, je dois faire ça » ?

CC – Il y eut deux principales impulsions.
La première c’est dans les années 1972-1974, lorsque j’avais une dizaine d’années : une institutrice nous faisait écrire des « textes libres », que nous tapions à la machine, imprimions et façonnions sous forme d’un journal. Nous vendions ensuite ce journal dans les immeubles du quartier. De là est né le plaisir d’écrire et d’éditer, de concevoir, fabriquer et vendre un livre.
La seconde impulsion eut lieu en 1997, lorsqu’un éditeur accepta de publier mon premier roman, La Petite lézarde. Je me dis alors : « S’il trouve ce texte susceptible d’intéresser un public, pourquoi ne pas tenter moi-même l’aventure de le mettre en page, le faire imprimer et le vendre ? » Il faut avouer aussi que mon caractère indépendant me pousse à vouloir tout faire moi-même…
L’année suivante, j’entrepris la même démarche avec les ouvrages de deux autres auteurs : je devenais alors « éditeur » à part entière. Deux ans plus tard, en 1999, je décidai d’imprimer et façonner les ouvrages moi-même en me passant de l’imprimeur : la maison d’édition sous sa forme actuelle était née.

Comment sélectionnez-vous les livres à éditer ?

La sélection est toujours basée sur le plaisir personnel à la lecture du manuscrit et l’intérêt qu’une édition aurait pour des lecteurs potentiels. Soit un manuscrit me « tombe des mains », soit il me « scotche » par son contenu ou par son style. On le ressent généralement dès la première lecture. Qu’est-ce qui procure du « plaisir » à la lecture d’un manuscrit, me direz-vous ? Un mélange d’intelligence, d’humour, d’émotion et de travail de la langue…

De quelle façon est réalisé un ouvrage ?

Un ouvrage est mis en page sous Word, parce que c’est le logiciel le plus répandu et que le fichier fera de nombreuses navettes entre l’auteur et moi-même jusqu’à la perfection et l’entière satisfaction de chacun. J’imprime ensuite à l’aide d’imprimantes laser et jet d’encre. Les pages sont imprimées sur du papier vergé ; les couvertures sur du papier d’art à grain. À chaque collection, correspond une couleur de couverture. Nos ouvrages ont des rabats et un marque-page, lequel comporte un mot manuscrit de l’auteur. Je façonne ensuite les ouvrages à l’aide d’une agrafeuse (brochage dit « à l’allemande »), de colle blanche et d’un massicot que j’ai dans mon atelier.

Comment les livres que vous éditez parviennent-ils aux lecteurs ?

Tous les chemins sont permis et exploités. Un lecteur peut me commander un ouvrage par l’intermédiaire de toute librairie en France ou à l’étranger. Il peut également le commander (et le régler directement) sur notre boutique en ligne. J’emporte les ouvrages dans les salons du livre que je fréquente. L’auteur a aussi la possibilité de diffuser lui-même l’ouvrage : autour de lui, dans des librairies ou dans des salons. Cela pourra sembler « artisanal », mais plus de trois mille ouvrages sortent ainsi chaque année de nos ateliers et trouvent lecteurs. Notre maison d’édition fonctionne en effet en « flux tendu » : elle imprime selon la demande et ne connaît donc ni gaspillage ni invendus. Ce fonctionnement est aux antipodes de l’industrie du livre, qui imprime des dizaines de milliers d’exemplaires au moindre coût, matraque l’opinion via les médias, inonde les librairies, puis, au bout de trois semaines, envoie au pilon les invendus.

Parmi vos auteurs, il y a un Ukrainien – Dmytro Tchystiak. Pourquoi lui ? Est-ce que sa poésie vous paraît différente de la poésie française contemporaine ?

Le travail de Dmytro Tchystiak entre dans le cadre d’une marotte personnelle qui est la « poésie bilingue », parce que celle-ci me semble œuvrer à l’ouverture des frontières et la découverte mutuelle des peuples et des cultures. Il se trouve par ailleurs que le style de Dmytro Tchystiak est élégant, avec un français très maîtrisé ; il s’agit d’un auteur de qualité. Sa poésie est-elle différente de la poésie française contemporaine ? Il est difficile de le dire tant la poésie est un genre personnel par excellence, comptant autant de styles poétiques qu’il existe de poètes. L’écriture de Dmytro Tchystiak est imagée, emplie de paysages. Peut-être est-ce cela aussi que j’aime dans son écriture, qui me rappelle mes racines paysannes ? On « voit » des paysages lorsqu’on le lit ; c’est très agréable.

Quels sont les thèmes principaux des livres que vous avez vous-même écrits ?

Mes premiers romans sont très différents par leurs thèmes. La Petite lézarde évoque avec nostalgie des vacances d’enfance au bord de la mer ; La Couleur du soir imagine une France de crise sociale déchirée entre fascisme et néo-soviétisme ; Normale plagie de vrais-faux souvenirs éclectiques d’un intellectuel français type ; 1 rue Faucon parle de musique et de réparation de fautes morales commises pendant l’enfance. L’un des ouvrages en préparation traitera d’une page douloureuse et occultée dans l’Histoire de France qui est la Guerre d’Algérie.
D’autres manuscrits, Le mariage d’Hortense, Perles de brume, Un vent soufflant du Labrador ou Camping Le Soleil ressortent régulièrement de leur tiroir pour être retravaillés.
Un ouvrage de réflexion s’interroge par ailleurs sur la nature du « temps » : phénomène réel peuplant le monde… ou seulement construction cognitive dans un monde éternellement présent ? La philosophie et l’anthropologie des croyances sont des domaines qui me passionnent également.

Dans votre deuxième ouvrage, vous vous êtes intéressé à la mythologie crétoise. Pour quelle raison ?

Pour deux raisons. La première est que j’adore l’archéologie et la paléographie, notamment grecques et crétoises, ce qui m’a conduit à effectuer deux voyages d’étude dans ces pays. La seconde est qu’en rentrant de Crète, des circonstances m’ont amené à raconter le mythe crétois à des élèves d’école élémentaire. Devant leur silence, j’ai d’abord cru qu’ils n’avaient rien compris. Puis, le lendemain, je me suis aperçu avec stupéfaction qu’ils avaient parfaitement tout assimilé. Les mythologies passionnent donc les élèves. Il m’a paru alors nécessaire d’écrire celle de la Crète, en choisissant les termes les plus simples possibles, qui puissent être compris par de jeunes enfants dès l’âge de cinq ans (ce qui ne l’empêche pas d’être lue par des collégiens ou des adultes).

Vous vous passionnez aussi pour la musique. Parmi les artistes de quel courant musical vous situez-vous ?

J’ai d’abord reçu une formation classique (piano) puis, à l’adolescence, ai découvert jazz, blues, rock et folk. Après avoir expérimenté de la scène dans ces différents genres, je reviens à la musique classique, avec un plaisir toujours plus grand à écouter Bach, Mozart, Schubert, Ravel ou Richard Strauss, sans oublier Astor Piazzola et Tom Jobim qui ont apporté de belles couleurs à une seconde moitié du 20ème siècle un peu terne. La musique amplifiée, bruyante et agressive m’indispose et me fait fuir. La musique contemporaine dissonante, par ailleurs, me semble être une impasse, car à vouloir s’adresser à un auditeur « avant-gardiste » du futur, elle ne s’adresse finalement pas – ni ne s’adressera jamais – à l’auditeur du présent (qui est aussi l’auditeur de la réalité). Aux décibels amplifiés du rock et aux dissonances de la musique contemporaine, je préfère mille fois le pianissimo d’un quatuor classique. Je prépare d’ailleurs à mon domicile l’ouverture d’une petite salle de concert qui sera spécialement dédiée à la musique acoustique. Une journée de rêve pour moi est de travailler de longues heures en écoutant de la musique classique tout en me dégageant du temps pour jouer d’un instrument… et même écrire quelques lignes d’une pièce ou d’un arrangement à partager plus tard avec mes proches : tel le bonheur absolu !

Rouen est une ville de grands écrivains et peintres, comme Gustave Flaubert. Est-ce que vous ressentez une certaine influence de cette ville ? Et en quoi consiste la « rouennitude » ?

Avant-port de Paris, Rouen fut au Moyen Âge la seconde ville du royaume. Elle dort aujourd’hui sur un riche patrimoine culturel enfoui et invisible. La ville compta au 15ème siècle des ateliers de copie sur manuscrit de renommée européenne, et jusqu’à quatorze éditeurs au 18ème siècle ! Aujourd’hui, Rouen est certes hantée par Corneille, Flaubert, Maupassant, Duchamp, Monet ou Jacques-Émile Blanche… mais elle sommeille sous l’influence de sa proche et gigantesque voisine Paris. De nombreux Rouennais prennent chaque matin le train pour aller travailler dans la capitale et rentrer le soir « au calme ». Telle est la « rouennitude », en regard de laquelle l’héritage littéraire et artistique de la ville demeure presque anecdotique. Rouen mériterait notamment, je le pense, que soient créés des musées consacrés à son histoire économique et culturelle (drap de laine, manuscrits, filatures, imprimerie, édition, etc.)

Vous êtes actif dans la vie politique de la cité. Vos opinions de gauche coïncident-elles avec votre activité éditoriale?

Non, ma passion d’éditer ne coïncide pas nécessairement avec mes opinions politiques de centre gauche, sociales-démocrates. Ces deux passions sont distinctes. Un ouvrage de littérature n’a d’ailleurs pas forcément de connotation politique. Mes auteurs ont probablement des opinions qui se répartissent sur l’ensemble de l’échiquier. Ce n’est pas sur ce critère que je juge leur travail. Même si je serai certainement bien sûr plus sensible à des thèmes de justice, de progrès social, de solidarité, d’universalité ou d’agnosticisme (qui sont censées, en France, être des valeurs plutôt de gauche) qu’à celles de prosélytisme nationaliste ou religieux (valeurs en revanche plutôt droitières).

Ici, dans les pays de l’Est de l'Europe on considère la gauche avec une grande crainte, parce qu’on a eu l’expérience du totalitarisme soviétique. Pourriez-vous expliquer pourquoi dans un pays comme la France vous êtes de gauche ?

L’histoire de l’Ukraine lui fait associer la gauche à la terreur de la dictature communiste, et la droite à la liberté de penser, d’entreprendre et de croire. L’histoire de la France, au contraire, lui fait associer la droite (extrême) au nationalisme, au fascisme, au nazisme, à la Shoah, et inversement la gauche au Siècle des Lumières, à la liberté de penser, la justice, la solidarité, la lutte des « opprimés » contre les « oppresseurs », etc. C’est historique et culturel. En Ukraine, le communisme a exterminé quatre millions de personnes par les famines planifiées de 1932-33. En France, où la tragédie de « l’Holodomor » est totalement ignorée, le communisme n’a tué personne ; c’est l’extrême droite qui, sous l’occupation allemande, fut responsable d’exécutions, de massacres et de déportations. La notion de « barbarie » est associée en Ukraine à l’extrême gauche ; en France, à l’extrême droite.
Mon positionnement personnel au centre gauche est en fait relativement tempéré et centriste en France. Il se situe à égale distance du socialisme et de la droite démocratique. Ce positionnement correspond à un attachement aux valeurs de justice, d’équité et de progrès social, et une relative distance des valeurs de nationalisme, de religion, de racisme ou de xénophobie, qu’on peut rencontrer à droite et à l’extrême droite.
Bien que de gauche, je me situe sur son aile centriste parce que je pense que l’économie de marché est le moins mauvais moyen de créer de l’emploi et des richesses collectives pour le bénéfice de tous les citoyens. Meilleur en tout cas, je le pense, que l’économie étatiste dont rêvent encore aujourd’hui certains communistes en France, et qui a pourtant causé tant de pénurie, de misère et de famines dans le monde.

Dans un de vos livres vous proposez de réformer le collège. En quoi cette réforme consisterait-elle ?

Un dogme marxiste en France présuppose que les élèves naissent vierges et égaux en capacités cognitives – les différences de résultats scolaires n’étant imputées seulement qu’aux différences d’environnement social. C’est aussi le dogme du sociologue Bourdieu. Cerveau et génotype sont censés ne pas exister. Vous souvenez-vous de Lyssenko, en URSS, qui avait fait rayer du dictionnaire le mot « chromosome », jugé « capitaliste et bourgeois » ? On n’en est pas très loin en France. Les composantes naturelles de la cognition sont bien souvent déniées par les enseignants. De fait, un même enseignement livresque est imposé à tous. Il en résulte des souffrances pour les élèves qui n’ont pas forcément des potentialités ou aspirations livresques. Au terme de recherches de 3ème cycle menées en sciences de l’éducation, en anthropologie des croyances égalitaires (sous la direction de Raymond Boudon) et en sciences cognitives, mon avis est plutôt que les élèves sont dotés de potentialités et d’aspirations diverses – même si cela n’est pas « politiquement correct ». Il me semblerait préférable en conséquence de diversifier les enseignements pour les adapter aux potentialités, aspirations et besoins de chacun. Ceci respecterait mieux l’individualité, la dignité et in fine l’épanouissement professionnel et personnel de chaque élève, quelles que soient ses potentialités et aspirations. J’aspire en somme à un collège français qui soit plus « humaniste » qu’égalitaire… Voilà ce qu’exprime l’ouvrage Guérir le collège, sans tabou ni langue de bois.

 

15-04-2013

Par Christophe Chomant - Social-Démocratie - Publié dans : Positionnement et références
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